Octobre 2011

Catherine Bouroche

Histoires de nuages

Comment traduire par le volume le fugitif et exprimer les tensions qui traversent la matière ? Catherine Bouroche répond par des formes abstraites mues par des forces internes. Ses nuages traduisent ses recherches tournées vers la libération de la matière. L’exposition évoque ses étapes marquées par des sculptures géométriques où cohabitent des lignes et des courbes simulant des « Portiques », dont les ouvertures accueillent ses premiers nuages. Défiant le hiératisme architectural, les nuages se prêtent à toutes sortes d’inventions et de trouvailles grâce aux richesses offertes par la terre cuite engobée. D’essence organique, elle est le matériau privilégié du sculpteur qui développe un travail sériel, constitué d’allers et retours ouvrant sur des compositions insolites riches d’une réalité poétique très personnelle. Les formes en croissance des « Territoires » aspirent à l’envol dont l’image métaphorique se traduit par l’apparition de nuages aux angles droits des portiques. Catherine Bouroche réalise le rêve de Bachelard qui souhaitait un « modeleur de nuages ». L’introduction du Plexiglas dans ses sculptures réactive « l’action imaginante » des nuages, source d’évasion et d’invitation au voyage. Les nuages avec leurs reflets, les nuages avec leurs structures, sont représentés comme des anatomies transitoires et dynamiques. La transparence du Plexiglas a renforcé la part d’illusion et la résine suggère à la fois l’opacité et la transparence de la paroi. « La poussée » comme « L’échappée belle » inaugurent l’ère des nuages qui ont envahi la sculpture de l’artiste. Ici, la ligne d’une fracture suggère un profil, ailleurs, les « Portes nuages »  endiguent la pesanteur. Qui retient qui ? Du nuage qui aspire à la liberté ou de la cage qui s’efforce de retenir l’insaisissable ? Le caractère duel de la terre et de la résine, de la masse et de l’apesanteur, de l’angle droit et de la sinuosité de la courbe, du mat et du brillant, pactise avec la lumière, dont les vibrations sont à l’unisson du temps qui passe.

Lydia Harambourg

Critique d'art