CATALOGUE
2011

      J’aime les nuages...les nuages qui passent... là-bas...là-bas ces merveilleux nuages
                                   Baudelaire  1869

La sculpture engendre des tensions que Catherine Bouroche a placées au centre de ses recherches. Ses formes abstraites en terre sont d’abord d’essence organique et expriment des mouvements internes qui aspirent à se libérer de la matière. Les solutions qui s’offrent à elle appartiennent au monde de la métamorphose. Son vocabulaire y puise les antagonismes d’une géométrie où cohabitent les lignes et les courbes, dans des volumes simples dont on observe le caractère duel dispensé par les matériaux. La terre cuite engobée, la résine, le bronze renforcent ce qui s’oppose, le mat et le brillant, le rêche et le doux, le rugueux et le poli. Des verticales et des horizontales composent des portiques qui osent une ouverture comme un défi à un hiératisme des formes trop contraignantes. Le travail sériel de Catherine Bouroche se construit à partir d’allers-retours fait d’acquis, de trouvailles, de clivages et de blocages dont elle connaît les richesses cachées. Ses compositions insolites révèlent une réalité poétique qui lui fait entrevoir des Territoires en croissance. Leurs formes soulevées aspirent à la verticale et à l’envol, tel ce Brise-lame dont les plissements qui ondulent suggèrent des nuages. Cette image métaphorique semble poussée par un vent qui s’apprête à arracher aux écrous, aux angles droits des portiques, de la matière aérienne dans laquelle Gaston Bachelard voyait l’œuvre du modeleur de nuages. L’introduction du plexi dans sa sculpture révèle des images dont l’action imaginante achève d’introduire dans l’univers de l’artiste un sentiment de mobilité, d’évasion, et aussi une invitation au voyage du poète.

La ligne d’une fracture suggère le profil d’un nuage, soudainement ébranlée par une vibration lumineuse inattendue. La transparence du plexi a renforcé la part d’illusion et le caractère insaisissable d’une forme dessinée sur la paroi transparente et appelée à la transformation permanente. La Poussée, l’Échappée belle proposent des traces qui sont les images mêmes de la pensée de l’artiste et de ses rêves. Ainsi peints sur le plexi, les nuages offrent une légèreté dans des formes silhouettées dont l’imaginaire perçoit le caractère dynamique et transitoire.

Pour Catherine Bouroche l’ère des nuages a commencé. Entre ciel et terre, les Portes nuages endiguent la pesanteur qui « empêche la fuite vers le ciel », décrite par Novalis. La pratique parallèle du pastel, friable et doux, a contribué à arracher ces petits nuages à la sphère terrestre. Les voilà facétieux sur la dune, sur le haut plateau, à marée basse, pour une Envolée nuageuse appelée à décliner une série de jeux aériens dont notre regard suit la fantaisie. La reprise de leurs traces, en négatif, à partir de moules, sous-tend une imagination matérielle qui conduit à l’Anatomie du nuage et à ses avatars  anthropomorphiques.
Leur vol onirique se combine de reflets où s’accroche notre rêverie.
Celle de l’artiste achoppe sur les gouttes d’eau qui glissent sur la vitre avant la pluie ou sur les flocons annonciateurs de la neige, en phase avec la douceur d’une substance sensuelle et lumineuse. La terre et la résine, le plexi introduisent leurs nuances dans l’intimité de cet univers volant.

Mais, qui retient qui ? Le nuage qu’accompagne notre rêve d’évasion ou la cage qui feint de les retenir. Dans la sculpture de Catherine Bouroche, l’empreinte aérienne pactise avec une lumière intuitive qui dispense un frémissement à l’aune du temps qui passe.

Lydia Harambourg
Membre correspondant de l’Institut Académie des Beaux-Arts